ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Le transfert des nouveau-nés en néonatologie a été
respectivement 24,3% et 35,3% des cas. Cette différence
pourrait s’expliquer par le faible niveau d’instruction des
femmes dans notre pays, ce qui ne leur ouvre pas la voie
du marché de travail. Du point de vue scolarisation, les
parturientes non scolarisées prédominaient avec 61,8%
des cas. Ce taux est inférieur de celui de Tounkara [17]
au centre de santé référence de Kati qui a rapporté
75,80% d’analphabètes en 2015. Le faible taux de
scolarisation dans notre étude s’explique par les
difficultés de scolarisation des jeunes filles dans
certaines familles. Notre culture veut que les filles
restent aux côtés de leurs génitrices pour les aider dans
les tâches domestiques. Les antécédents chirurgicaux
étaient dominés par la césarienne (21,8%). Dans notre
série, les parturientes qui avaient un espace
intergénésique inférieur à 12 mois représentaient 16,4%.
Ceci pourrait s’expliquer par la faible utilisation des
moyens contraceptifs chez les femmes après la
césarienne. Par rapport aux consultations prénatales, le
taux de celles qui ont eu au moins 4 contacts était de
14,5%. Ce taux est plus faible que celui trouvé par les
autres auteurs variant de 25,4% à 93,7% [8,11,13,14].
Cette différence pourrait s’expliquer d’une part par le
faible niveau d’instruction chez les parturientes de notre
série et d’autre part par le nombre suffisant du personnel
qualifié assurant une consultation prénatale de qualité.
La décision de la césarienne prophylactique devrait être
prise pendant le suivi prénatal. Ce faible taux dans cette
série pourrait expliquer l’augmentation de taux de
césarienne d’urgence. Les parturientes étaient admises à
la maternité en phase active du travail dans 50,9%. Ce
taux est proche de celui de Soumaïla [14] au Mali en
2019 qui a trouvé 53,7%. Ceci amène à prendre la
décision de césarienne de manière urgente pour éviter les
complications maternelles et fœtales. Concernant la
poche des eaux, elle était rompue dans 45,5% des cas, le
même constat a été fait par Tounkara [17] qui a rapporté
55,56%, de parturientes avec la poche des eaux rompues.
Du point de vue indications, le bassin généralement
rétréci était la principale avec 23,6%. Ce taux est
similaire à celui de Camara [18] au Mali en 2010 qui a
trouvé 23% de bassin généralement rétréci. Le mauvais
suivi de grossesse à risque par les agents non qualifiés
fait que ces femmes qui devraient bénéficier de la
césarienne prophylactique viennent en travail. L’utérus
cicatriciel était le motif de césarienne dans 21,8% des
cas. Ce taux est supérieur à celui de Njim [19] qui a
obtenu 13,2%. Le taux élevé de césarienne d’urgence en
cas d’utérus cicatriciel s’explique par le fait que la faible
utilisation des méthodes contraceptives expose les
femmes à la survenue d’une grossesse sur un utérus mal
cicatrisé. Dans notre étude, aucune complication
peropératoire ou anesthésique n’a été notée. La
complication post-opératoire la plus retrouvée était la
suppuration pariétale survenue chez 6 patientes, soit
10,9%. Tounkara [17] et Camara [18] ont obtenu une
suppuration pariétale plus élevée que dans notre série,
respectivement 23,62%, 19,50%. Sur le plan pronostic,
nous n’avions enregistré aucun décès maternel. Cela
peut s’expliquer par le fait qu’au CNTF, il n’y a pas un
service de réanimation. Tous les cas qui nécessitent une
réanimation intensive étaient évacués systématiquement
au CHU de la Mère et de l’Enfant pour une meilleure
décidée dans 15 cas (27,3%). Des complications ont été
retrouvées chez 18 nouveau-nés dont 13 cas de détresse
respiratoires, 1 cas d’infection néonatale et 4 décès.
Séjour à l’hôpital : Les parturientes avec un séjour
d’hospitalisation entre 4 et 6 jours étaient les plus
représentées, 47 cas, soit 85,5%. Les 8 autres (14,5%)
avaient séjourné d’au moins 7 jours.
Consultation post-natale : Elle était réalisée chez 50
des 55 césarisées (90,9%). Celles-ci étaient revues dans
la fourchette des 42 jours du post-partum, les autres étant
perdue de vue. La contraception a été proposée aux 50
accouchées, dont 21 (42%) avaient choisi l’une des
méthodes proposées. Par contre, 29 (58%) avaient refusé
toutes les méthodes proposées.
DISCUSSION
Durant la période d’étude, nous avons obtenu une
fréquence de 2,5% de césariennes prophylactiques
exécutées en urgence. Le taux de césariennes était de
6,9%. Ce taux est inférieur par rapport à celui
recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé
(OMS) qui varie de 10 à 15% [7]. Il est également
inférieur à ceux de Kasongo [9] en 2017 en République
Démocratique du Congo, Gabkika [11] en 2019 au
Tchad, Varija [12] en 2018 en Inde et Essiben [13] en
2020 au Cameroun qui ont rapporté respectivement
16,9%, 18,8%, 42,8% et 29,6%. Ces césariennes sont
plus réalisées dans les principaux centres de références
qui reçoivent les cas venant des centres périphériques.
Le faible taux retrouvé dans notre série s’explique par le
fait que les parturientes avaient subi la césarienne dans
un centre de prise en charge des fistules obstétricales. En
ce qui concerne l’âge moyen des parturientes, il était de
24,6 ans avec des extrêmes de 15 ans et 38 ans. La
tranche d’âge la plus représenté était celle de 20 à 24 ans
avec 34,5%. Ce résultat est inférieur à celui d’autres
auteurs [13,14] qui ont obtenu respectivement 27 et 29,2
ans d’âge moyen. Cette différence s’expliquerait par le
mariage précoce plus fréquent dans notre pays. Dans
cette étude, le statut matrimonial était dominé par les
mariées 98,2%. Ce résultat est similaire à celui de
Soumaïla [14] au Mali en 2019, Dramé [15] au centre de
santé de Dioïla en 2012 qui ont trouvé respectivement
98,1% et 98,7%, de mariées. Ceci pourrait s’expliquer
par le contexte socioculturel dans ces pays concernant
l’acceptation de la grossesse hors mariage. Dans de
nombreux pays comme le nôtre, la grossesse hors
mariage est considérée comme un déshonneur de la
famille, le foyer conjugal constituant le seul cadre idéal
pour la reproduction.
Quant à la parité, les primipares étaient les plus
représentées avec 76,4%. Ce taux est supérieur à celui
des données de certains auteurs qui soulignent une
prédominance de la césarienne chez les primipares de
l’ordre de 31 à 42% [8,9,11]. Ceci pourrait s’expliquer
par le mariage précoce dans notre pays où les
parturientes ont un bassin immature, source des
dystocies mécaniques dont la prise en charge nécessite
le plus souvent une césarienne prophylactique.
S’agissant du statut socioprofessionnel, il était dominé
par les parturientes n’exerçant aucune activité
professionnelle, soit 92,7%. Ce taux est supérieur à ceux
de Essiben [13] et Andriamiarisoa [16] qui ont trouvé
Série D, VOL 10, N°002/Août 2024 - 27